Il est devenu si simple de solliciter une machine pour synthétiser un texte, calculer une projection ou élaborer un raisonnement que nous en venons à oublier la condition fondamentale d'un usage légitime de la technique : la maîtrise préalable de ce que l'on délègue.
En permettant de sauter l'étape de l'apprentissage et de la démonstration d'une compétence, nous ne gagnons pas en liberté ; nous basculons dans la dépossession cognitive
La machine doit demeurer une assistance partielle et non un substitut à l'intelligence
La vraie question n'est pas de savoir si la technologie s'avère plus rapide ou plus efficace que l'homme dans la réalisation d'une tâche donnée
Déléguer sans avoir préalablement appris et prouvé sa propre compétence revient à placer une confiance aveugle dans des mécanismes dont on ne comprend ni les rouages ni les limites. C'est renoncer à l'exigence d'intégrité et de responsabilité qui fonde toute dignité intellectuelle et humaine. À l'inverse, l'individu qui a pris le temps d'acquérir son autonomie aborde l'outil sans servilité : il commande à la technique parce qu'il possède en lui-même la mesure du vrai et du bien.
Rien ne saurait remplacer la solidité d'un savoir incarné et éprouvé. Exiger l'acquisition et la démonstration d'une compétence avant toute délégation technologique n'est pas une contrainte archaïque, mais un principe vital de préservation de l'esprit. C'est le prix de la souveraineté
