Sur l’Autoplanète, personne ne commence sa journée en ouvrant sa messagerie. Un agent l’a déjà lue, résumée et classée. Un autre a déplacé deux réunions, préparé l’ordre du jour de la troisième et relancé les retardataires. Un troisième a analysé les résultats du mois et transmis ses recommandations aux responsables. Tout paraît enfin ordonné. Les humains arrivent dans un monde professionnel déjà organisé autour d’eux. Ils ne cherchent plus l’information, ne rédigent plus les réponses ordinaires et ne coordonnent plus les tâches. Des agents négocient entre eux tandis que le bureau poursuit son activité pendant que ses habitants dorment. L’Autoplanète séduit parce qu’elle promet de supprimer ce qui nous fatigue sans toucher à ce qui nous rend responsables. Les agents prendraient en charge les tâches répétitives ; les humains conserveraient la stratégie et les décisions importantes. Mais une organisation ne se transforme pas seulement par ce qu’elle automatise. Elle change aussi par les ...
Il est devenu si simple de solliciter une machine pour synthétiser un texte, calculer une projection ou élaborer un raisonnement que nous en venons à oublier la condition fondamentale d'un usage légitime de la technique : la maîtrise préalable de ce que l'on délègue. En permettant de sauter l'étape de l'apprentissage et de la démonstration d'une compétence, nous ne gagnons pas en liberté ; nous basculons dans la dépossession cognitive . L'esprit humain ne se développe qu'au contact de la réalité, à travers un effort d'assimilation et une friction cognitive volontaire . Lorsque cet effort est escamoté, la capacité même de discernement s'atrophie. La machine doit demeurer une assistance partielle et non un substitut à l'intelligence . Elle agit comme un miroir qui reflète nos instructions, mais elle n'apporte pas la lumière de la compréhension . Pour évaluer la pertinence d'un résultat fourni par un outil, pour détecter ses erreurs discrète...