Il entre dans la salle avec ses diapositives, ses démonstrations et ses promesses. Il connaît les modèles et annonce une transformation qui ne laissera aucun métier intact. On l’écoute comme on écouterait l’apôtre d’un monde nouveau. Une entreprise vient de nommer son Chief AI Officer - responsable ou délégué IA. Personne ne doute de ses compétences. C’est précisément ce qui rend la scène préoccupante. Plus un apôtre paraît savant, plus les autres se sentent autorisés à ne pas comprendre. La direction lui confie la vision, les métiers lui abandonnent les questions techniques, les juristes attendent ses explications et les collaborateurs supposent qu’il sait où conduit le chemin. Un titre prestigieux vient ainsi consacrer une démission collective. L’apôtre ne peut pourtant porter qu’un témoignage. Il n’est ni la source du message, ni le maître de ses conséquences. Dans la tradition dont cette métaphore est issue, un apôtre ne chemine pas seul : il appartient à un collège , reçoit u...
Sur l’Autoplanète, personne ne commence sa journée en ouvrant sa messagerie. Un agent l’a déjà lue, résumée et classée. Un autre a déplacé deux réunions, préparé l’ordre du jour de la troisième et relancé les retardataires. Un troisième a analysé les résultats du mois et transmis ses recommandations aux responsables. Tout paraît enfin ordonné. Les humains arrivent dans un monde professionnel déjà organisé autour d’eux. Ils ne cherchent plus l’information, ne rédigent plus les réponses ordinaires et ne coordonnent plus les tâches. Des agents négocient entre eux tandis que le bureau poursuit son activité pendant que ses habitants dorment. L’Autoplanète séduit parce qu’elle promet de supprimer ce qui nous fatigue sans toucher à ce qui nous rend responsables. Les agents prendraient en charge les tâches répétitives ; les humains conserveraient la stratégie et les décisions importantes. Mais une organisation ne se transforme pas seulement par ce qu’elle automatise. Elle change aussi par les ...