Depuis quelques années, je me pose une question qui dépasse largement la technologie : que signifie composer lorsqu’une intelligence artificielle est capable de produire, en quelques secondes, des mélodies, des voix, des orchestrations et des arrangements ? La réponse la plus courante consiste à parler d’automatisation. La mienne est différente. Mais place à la musique d'abord ... ... et au blabla ensuite : Je ne crois pas que l’intelligence artificielle compose à ma place. Je crois qu’elle transforme ma manière de composer. Longtemps, j’ai pensé que la composition musicale était réservée à ceux qui savaient chanter, jouer d’un instrument, lire une partition ou maîtriser les logiciels de production. Je ne sais faire aucune de ces choses. Je ne chante pas. Je ne joue d’aucun instrument. Pourtant, je compose aujourd’hui des chansons. Ce paradoxe m’a conduit à chercher un autre vocabulaire. Le mot qui me semble le plus juste est celui de poïèse : l’acte de faire advenir ce qui n’ex...
Il entre dans la salle avec ses diapositives, ses démonstrations et ses promesses. Il connaît les modèles et annonce une transformation qui ne laissera aucun métier intact. On l’écoute comme on écouterait l’apôtre d’un monde nouveau. Une entreprise vient de nommer son Chief AI Officer - responsable ou délégué IA. Personne ne doute de ses compétences. C’est précisément ce qui rend la scène préoccupante. Plus un apôtre paraît savant, plus les autres se sentent autorisés à ne pas comprendre. La direction lui confie la vision, les métiers lui abandonnent les questions techniques, les juristes attendent ses explications et les collaborateurs supposent qu’il sait où conduit le chemin. Un titre prestigieux vient ainsi consacrer une démission collective. L’apôtre ne peut pourtant porter qu’un témoignage. Il n’est ni la source du message, ni le maître de ses conséquences. Dans la tradition dont cette métaphore est issue, un apôtre ne chemine pas seul : il appartient à un collège , reçoit u...