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Bienvenue sur l'Autoplanète

Sur l’Autoplanète, personne ne commence sa journée en ouvrant sa messagerie. Un agent l’a déjà lue, résumée et classée. Un autre a déplacé deux réunions, préparé l’ordre du jour de la troisième et relancé les retardataires. Un troisième a analysé les résultats du mois et transmis ses recommandations aux responsables. Tout paraît enfin ordonné. Les humains arrivent dans un monde professionnel déjà organisé autour d’eux. Ils ne cherchent plus l’information, ne rédigent plus les réponses ordinaires et ne coordonnent plus les tâches. Des agents négocient entre eux tandis que le bureau poursuit son activité pendant que ses habitants dorment. L’Autoplanète séduit parce qu’elle promet de supprimer ce qui nous fatigue sans toucher à ce qui nous rend responsables. Les agents prendraient en charge les tâches répétitives ; les humains conserveraient la stratégie et les décisions importantes. Mais une organisation ne se transforme pas seulement par ce qu’elle automatise. Elle change aussi par les ...
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Maîtriser pour Déléguer

Il est devenu si simple de solliciter une machine pour synthétiser un texte, calculer une projection ou élaborer un raisonnement que nous en venons à oublier la condition fondamentale d'un usage légitime de la technique : la maîtrise préalable de ce que l'on délègue. En permettant de sauter l'étape de l'apprentissage et de la démonstration d'une compétence, nous ne gagnons pas en liberté ; nous basculons dans la dépossession cognitive . L'esprit humain ne se développe qu'au contact de la réalité, à travers un effort d'assimilation et une friction cognitive volontaire . Lorsque cet effort est escamoté, la capacité même de discernement s'atrophie. La machine doit demeurer une assistance partielle et non un substitut à l'intelligence . Elle agit comme un miroir qui reflète nos instructions, mais elle n'apporte pas la lumière de la compréhension . Pour évaluer la pertinence d'un résultat fourni par un outil, pour détecter ses erreurs discrète...

Le Chaudron de l'Esprit

Entrez dans une fromagerie villageoise. Le comptoir résume à lui seul les arbitrages de notre époque. D’un côté quelques fromages industriels : lisses, standardisés, produits à un coût intéressant grâce à une automatisation du moins partielle. De l’autre, des meules de fromage affinées pendant des mois, façonnées au flair et à la main par un artisan local. Face à ces deux options, le client ne s’y trompe pas. S’il choisit un produit artisanal, il sait ce qu’il finance. Il ne paie pas seulement de la nourriture, il honore le prix du temps, de la friction avec la matière et du geste incarné. Ce geste, unique et non reproductible à l’identique, réintroduit une notion fondamentale que l’économie de l’immédiateté tente de nous faire oublier : la valeur véritable naît de la patience et de l’engagement humain. Imaginons maintenant que notre cerveau soit cette fromagerie. À l’ère de l’intelligence artificielle générative, nous sommes devenus les directeurs d’une usine cognitive intime. Il nou...

Comment faire le Bien avec l'IA - La Sympoïèse du Care

Ce dimanche matin, en repensant mon cours Le Leadership Digital  pour le prochain semestre, je me suis retrouvé face à une question simple qui ne l'était pas : comment transmettre le care ? Pas le script de bienvenue - cela, on sait le faire. Mais cette attention qui fait qu'un touriste, une client, un patient... se sent vu. J'ai dessiné une grille, neuf cases, trois colonnes : faire soi-même, faire faire, faire-avec. À chaque niveau : faire, bien faire, faire le Bien. Ce tableau matinal nomme ce que nous pratiquons souvent sans le voir - et ce que nous risquons de perdre. Comment faire ? C'est la question élémentaire, celle du débutant comme du professionnel pressé. On cherche la procédure, le geste qui tient. À la réception : enregistrer, orienter, répondre. Rien de spectaculaire : de l'exécution. Pourtant sans cette base, tout s'effondre. Comment bien faire ? Faire ne suffit pas : il faut viser l'excellence. Bien faire, c'est maîtriser son geste au...

La Taxe IA

Croyez-vous en l' auto-planète , un monde où les machines travailleront à notre place? Non? Alors, gardez vos employé.e.s. J'ai écrit cette phrase en haut de mon carnet après avoir réalisé mon habituel dessin matinal. Je ne l'ai pas écrite contre la technologie, ni par nostalgie d'un monde sans automatisation. Je l'ai écrite comme une alarme logique. Une entreprise peut remplacer un salarié par une machine en quelques semaines. Une société, elle, doit continuer à porter la personne qui sort du cadre. Mon schéma part de là: ce qui ressemble à un gain local peut devenir une perte systémique si la boucle économique n'est plus alimentée par des revenus humains. Dans la première case, tout semble banal - et justement essentiel. Deux personnes travaillent dans l'entreprise. Elles produisent, reçoivent un salaire, consomment, paient des cotisations et des impôts. Le flux est discret, presque invisible, parce qu'il est normal. Pourtant c'est ce flux qui tien...

Mon Trilemme IA

J’ai dessiné ce triangle un matin, après une séance où tout le monde applaudissait une démo d’IA et où je sentais pourtant que quelque chose manquait. Pas l’outil : une tenue. Au centre, en rouge, j’ai écrit ce que je vivais de plus en plus moi-même : « je n’utilise pas l’IA » - non par vertu, mais parce qu’un des trois sommets me lâchait. Savoir quoi faire : est-ce que je peux l’expliquer sans me cacher derrière le jargon ? Savoir comment faire : est-ce que je pourrais au moins esquisser la mise en œuvre, programmer, automatiser, déléguer - ou est-ce que je me contente d’appuyer sur un bouton ? Savoir contrôler : est-ce que je vérifie encore, ou est-ce que la fluidité de la réponse m’a déjà convaincu ? Ce n’est pas un trilemme au sens de « choisissez deux options sur trois ». C’est un triangle de conditions : sans les trois, je retombe au centre. Et ce centre n’est pas une retraite ; c’est un aveu. J’ai longtemps hésité sur le mot trilemme . Puis j’ai compris ce qui le rendait juste :...

La Grille du Partage du Travail Cognitif

Qu'est devenu l'apprentissage avec l'IA ? Je me mets dans le trend de profusion des canvas, des tableaux et des grilles assistés par l'IA qui abondent en ce moment sur les réseaux sociaux. Il est de fait pas désagréable de pouvoir rapidement visualiser et partager ses concepts. Pour autant qu'on ait pris le temps de penser avant... Voici donc ma  grille du partage du travail cognitif . Au cœur de cette grille 6x4 se trouvent six lignes de Bloom et quatre colonnes de délégation. Chaque cellule décrit, de façon générique, qui fait quoi dans la tête et dans la boucle avec l'outil : ancrage et récupération entièrement humains, assimilation sous pilotage intentionnel, focalisation sur l'artefact produit par le système, ou automatisation du sens et de la chaîne. La grille théorique sert à nommer la répartition du travail mental. Verticalement, la taxonomie de Bloom fixe le régime cognitif visé, de la mémorisation à la création. Horizontalement, la théorie des ins...

Ma Foi, l'IA...

Je sens que j'ai un corps, je sais que j'ai un esprit, je crois que j'ai une âme qui est faite de l'amour que je porte aux autres. Ce n’est pas une profession de foi scolaire. C’est l’ordre dans lequel je me tiens quand tout va un peu trop vite. Le corps me rappelle que je suis incarné avant d’être convaincant. L’esprit me rappelle que je peux me tromper même quand je suis lucide. L’âme, je ne la « sais » pas au sens d’une preuve. Je lui fais confiance comme on tient une rampe dans l’escalier, parce qu’elle m’ouvre à ce qu’il y a en moi de plus grand que moi, cette part qui me dépasse et qui pourtant m’est plus proche que je ne le suis à moi-même. Et l’amour porté aux autres n’est pas un sentiment de carte postale. C’est ce qui m’oblige encore à regarder un visage plutôt qu’à le réduire à une idée que je me fais de lui. Le corps, l'esprit et l'âme comme danse de la vie, vue par Midjourney. Je ne parle pas de trois morceaux d’un même puzzle qui s’emboîteraient un...

L'IA digne de confiance ?

La question m'est revenue plusieurs fois ces derniers mois, toujours dans des situations très concrètes : un collègue hésite à valider une synthèse générée, une équipe veut automatiser une partie de son flux, un étudiant me demande pourquoi vérifier encore si la réponse est fluide et bien écrite. Je remarque que le débat part rarement de la technique ; il part d'une expérience humaine faite de doute, de malaise et parfois de fascination. Faire confiance, dans ce contexte, n'est pas une préférence abstraite : c'est accepter une vulnérabilité, donc un risque. Sans risque, il n'y a pas de confiance ; il n'y a qu'exécution. C'est précisément pour cela que l'IA brouille les lignes : elle parle bien, elle structure vite, elle donne une impression de maîtrise.  Une perspective économique rappelle ici que la confiance dépend des incitations, des dépendances et du coût de contrôle. Une perspective sociologique rappelle qu'on ne fait jamais confiance seul ...

Dé-penser l'IA

Est-ce que penser plus vite, plus large et plus profond veut dire penser mieux ? La question semble simple. Elle est pourtant devenue décisive, presque intime, depuis que des agents conversationnels peuvent produire en quelques secondes des textes convaincants, bien structurés, parfois même élégants, qui donnent le sentiment que la pensée est devenue une commodité à la demande. Ce déplacement est majeur. Pendant longtemps, nous avons distingué assez clairement l'information, la connaissance, le jugement et la sagesse. Aujourd'hui, ces étages se brouillent, parce qu'un même outil peut donner l'illusion d'habiter les quatre niveaux en même temps. Il fournit une réponse, la formule avec autorité, enchaîne avec fluidité, et notre esprit comble spontanément le reste : nous projetons une compréhension, une intention, parfois une forme de présence. J'avance ici une intuition directrice : de la même manière qu'une croissance infinie dans un monde fini relève d'u...