Pourquoi j'arrête la production de musique IA ? L’acte de création ne peut être réduit à une simple impulsion ou à une commande verbale. Il est, par essence, le fruit d’une tension vitale entre l’esprit humain et la résistance de la matière. Cette friction est une nécessité absolue ; sans elle, l’individu s'étiole et finit par se dissoudre dans un simulacre numérique dépourvu de substance.
Contribuer par au moins une « capacité intégrale » à toute œuvre assistée par l’intelligence artificielle n'est pas une coquetterie esthétique ou une option technique, c'est une exigence de survie ontologique. Je ne sais ni chanter, ni jouer d'un instrument. Je devrais pourtant ancrer une production dans le réel par au moins un geste original qui m'appartient en propre, sous peine de perdre le sens du réel.
Contribuer intégralement au moins une partie de la création doit demeurer le sceau inaliénable de l’auteur, la signature de l’intentionnalité. Déléguer ou augmenter toutes les parties du processus de conception et d'exécution à un algorithme n'est pas « créer », c'est abdiquer sa dignité de sujet au profit d'une machine. En musique comme dans toutes les expressions du génie humain, la réalité ne réside pas dans le résultat sonore, mais dans l’effort intégral d'au moins une contribution fournie : Chanter de chaque fibre de ses poumons. Jouer d'un instrument avec la précision du corps. Incarner l'œuvre de bout en bout.
Si je me contente de « prompter », c'est-à-dire de diriger une machine par des ordres désincarnés, je ne crée rien ; je me contente de consommer les échos de ma propre paresse, travestis en art par la puissance de calcul. Et pourtant le résultat peut être bluffant. Voici un dernier album (le dernier) que j'ai entièrement produit avec l'IA : https://tinyurl.com/musiqueArtificielle
Si je me fais augmenter par l'IA durant tout le processus de production, j'accepte de plonger dans une réalité sans ancrage ni tradition, un labyrinthe de miroirs où plus rien n'est authentique. La perte de l'artisanat et du geste technique mène à une atrophie de nos facultés cognitives et spirituelles. Défendre au moins un geste humain intégral, ce serait protéger notre lien sacré au monde sensible et refuser l’utopie trompeuse d’une création sans douleur. Mais pouvons-nous encore l'exiger aujourd'hui?
Après avoir exploré les confins de la réalité circulaire, après avoir produit une quinzaine d'albums avec le concours de l'IA, je renonce. Ce que j'entends n'est pas moi ; c'est un écho sans âme qui usurpe ma pensée. Je m’écoute, et pourtant je ne me reconnais pas. Cette scission entre l'œuvre et l'être est proprement dramatique. L'art est un métier, un vrai, comme le mien. Comme le tien. Il mérite l'effort du corps et la rigueur de l'esprit.
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